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Économie

Ouvertures le dimanche, omnicanalité, fiscalité : les recommandations post Covid-19 de Jacques Creyssel

Ouvertures le dimanche, omnicanalité, fiscalité : les recommandations post Covid-19 de Jacques Creyssel

Dans un entretien accordé à E-commerce Mag, Jacques Creyssel, président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) livre ses recommandations pour venir en aide au secteur du commerce de détail fragilisé par les conséquences économiques de la crise sanitaire. Il fait de la relance de la consommation un impératif alors que “la perte d’activité pour les seuls commerces en France est estimée entre 50 et 60 milliards d’euros”. Selon lui, les solutions sont aussi à chercher du côté de l’omnicanalité de l’offre, d’une plus grande liberté quant aux horaires d’ouverture, notamment le dimanche, et d’une refonte de la fiscalité.

Jacques Creyssel favorable à l’ouverture des commerces le dimanche pour relancer la consommation

Pendant près de deux mois, les commerces non alimentaires ont été contraints de fermer leurs portes. Une situation difficile pour une grande partie des commerçants, alors que bon nombre d’entre eux étaient déjà fragilisés par le mouvement des Gilets Jaunes et la mobilisation contre la réforme des retraites. Si certains ont pu sauver une partie de leur trésorerie via les ventes en ligne ou autres dispositifs tel que le click and collect, d’autres, en revanche, ont du faire face à de très lourdes conséquences pour leur activité. D’autant plus, que la phase de reprise économique semble timide, les consommateurs français restent réticents à dépenser l’argent qu’ils ont mis de côté dans un contexte aussi incertain. CLa perte d’activité pour les commerces se chiffre donc “entre 50 et 60 milliards d’euros pour l’année 2020”. De quoi inquiéter le secteur tout entier.

Pour le président de la FCD, il est impératif d’utiliser tous les leviers pour créer les conditions d’un regain d’activité qui soit solide, ou du moins, capable de compenser les pertes d’activités enregistrées pendant la phase de confinement. Tout d’abord, l’objectif est de “relancer la demande pour faire repartir la machine et éviter une crise majeure et durable”. Et donc de relancer la consommation afin d’encourager une reprise économique solide. À ce titre,Jacques Creyssel préconise d’offrir aux commerces la possibilité d’ouvrir le dimanche, et cela “sans entraves” aucune. Une position qui n’est pas sans faire écho aux appels d’autres acteurs, qu’ils soient politiques ou économistes. L’exécutif lui-même semble réfléchir à la question, si l’on en croit les récents propos de Bruno Le Maire ou d’Agnès Pannier-Runacher.

Si la question de l’ouverture dominicale des commerces se pose c’est qu’elle répond à un contexte mais aussi à des phénomènes de consommation, observables en amont de la crise sanitaire. Jacques Creyssel rappelle à ce propos que dans les villes, “les consommateurs privilégient le soir et le dimanche pour leurs courses”, et qu’à Paris de nombreux magasins “ouvrent le dimanche après-midi” pour répondre à la demande. Par conséquent, il s’agit d’adapter la loi à une réalité tangible et non l’inverse. Sur ce point, il ajoute que “l’objectif n’est pas que tous les magasins soient ouverts tous les dimanches après-midi, mais qu’ils puissent l’être là où la demande des clients est forte”. Une pratique à “sanctuariser” alors que de nombreux magasins en ont fait l’expérience, et que d’autres, désireux de gagner une clientèle supplémentaire, souhaitent ouvrir ce jour. Plus encore, il souligne un certain “paradoxe” de la loi, qui autorise la livraison le dimanche après-midi mais conditionne l’ouverture dominicale à la non-présence des salariés. Une incohérence qui favorise le e-commerce au détriment des commerçants contraints dans leur activité le dimanche après-midi.

Jacques Creyssel partisan d’un “vrai plan pour l’omnicanalité” afin de venir en aide aux commerces physiques

Si la compétitivité des commerces physiques face au e-commerce passe par une amplitude accrue des horaires d’ouverture, comprenant l’ouverture le dimanche, elle l’est aussi via l’omnicanalité de l’offre. Au lendemain de la période de confinement, l’expérience d’achat est devenue, à n’en pas douter, plus que jamais omnicanale. Dans le secteur de l’e-commerce alimentaire, les ventes ont progressé de 76% via la livraison à domicile et le drive. Si cette évolution concerne particulièrement le commerce alimentaire, celle-ci l’est aussi pour l’offre non-alimentaire. De nombreux dispositifs comme le click and collect, ont été mis en place, notamment dans les librairies, afin d’assurer la continuité de l’activité et de proposer aux consommateurs une nouvelle expérience d’achat plus digitale.

C’est pourquoi, Jacques Creyssel, défend un “plan pour l’omnicanalité” porté notamment par le gouvernement, comportant plusieurs volets, dont des “aides directes” aux commerces et “des investissements majeurs dans le développement des réseaux 5g”. De plus, il faut, selon lui “libérer les investissements des entreprises” via une baisse de la fiscalité. Des mesures qui permettraient d’être en phase avec l’évolution des comportements de consommateurs mais aussi d’estomper, voire de faire disparaître, les lignes de fracture entre la distribution physique et le e-commerce. Une expérience d’achat qui se doit d’être omnicanale alors que les contraintes sanitaires, poussent certains consommateurs à privilégier le online au offline. Une expérience d’achat qui passe aussi par l’utilisation des technologies d’achat dans les enseignes physiques. Sur ce point, les distributeurs dont l’enseigne Casino qui a développé en France le modèle du magasin autonome, sont particulièrement avancés. Plus encore, les technologies de paiement, NFC ou RFID, sont de plus en plus privilégiées par des consommateurs, toujours plus soucieux de simplifier l’acte d’achat. Une “possibilité” qui doit être offerte aux consommateurs selon Jacques Creyssel. À bien des égards, la séquence de crise sanitaire pose les enjeux d’une expérience d’achat renouvelée, plus omnicanale et plus digitale, permettant de rencontrer les besoins des consommateurs, et de faire perdurer les enseignes physiques dans un monde toujours plus connecté.

Réformer la fiscalité pour assurer “une vraie égalité des conditions de concurrence” entre géants du e-commerce et acteurs français du commerce de détail

La situation du commerce français pose aussi la question de la fiscalité et de l’attitude que les autorités ont adoptée à l’égard des GAFA. Des GAFA, qui, à l’instar d’Amazon, ont révolutionné la manière de consommer et qui ont fait du commerce de détail le coeur de leurs stratégies. Si les commerces physiques subissent la concurrence des pures players du e-commerce depuis un certain temps, la période de confinement n’a fait qu’amplifier la tendance. D’autant plus, que les plateformes de e-commerce bénéficient d’une fiscalité avantageuse, bien plus que celle qui pèse sur les enseignes physiques.

Si Jacques Creyssel reconnaît que la Taxe Gafa constitue une “prise de conscience” des autorités sur la nécessité de créer une relation d’égalité entre commerces physiques et acteurs du e-commerce, le président de la FCD souhaite cependant aller plus loin. Pour lui, au-delà de la création d’un nouvel impôt, il faut baisser les charges qui pèsent sur le commerce français. Il plaide, de ce fait, pour la suppression d’impôts spécifiques au secteur comme la Tascom (Taxe sur les surfaces commerciales) ou pour “un plafonnement global des impôts de production” du secteur. Un plan de relance à destination des commerces, qui passe donc par une réduction de la fiscalité, notamment la fiscalité locale. Alors que la Tascom pèse lourdement sur la trésorerie des commerces, les plateformes de e-commerce échappent à cette taxe qui représente 1.3 milliards d’euros. En ce sens, il faut, selon Jacques Creyssel, “passer d’une fiscalité sur les stocks à une fiscalité sur les flux”. Une “égalité” qu’il appelle de ses voeux, alors que le e-commerce semble avoir, dans le contexte de crise sanitaire, gagné du terrain sur la distribution physique.

À bien des égards, la phase de déconfinement constitue une véritable phase de test pour de nombreux commerçants, désireux de retrouver une clientèle dont les attentes ont changées. Pour Jacques Creyssel, plusieurs leviers sont à encourager : la libre ouverture des commerces le dimanche, un développement de l’omnicanalité, et une fiscalité plus avantageuse. L’enjeu est de permettre, notamment à de petits commerçants, dont les marges de manoeuvre sont limitées, de faire face à la concurrence du e-commerce et d’assurer une reprise économique. Une nécessité d’autant plus cruciale que les vitrines des magasins suffisent à témoigner de l’attractivité et du dynamisme des centres-villes français. Un fait utile à rappeler, au cas où deux mois de confinement nous l’auraient fait oublier.

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