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Allongement de la durée de travail : une condition à la reprise économique selon le Medef

Allongement de la durée de travail : une condition à la reprise économique selon le Medef

Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, a entrouvert une réflexion au sujet de l’élargissement des horaires de travail pour relancer l’économie dans la phase de l’après-confinement. “Il faudra bien se poser la question tôt ou tard du temps de travail” pour, selon lui, “accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire” a-t-il déclaré dans les colonnes du Figaro le samedi 11 avril. Si l’idée n’a pas trouvé écho auprès des syndicats, les médias se sont emparés du sujet.

Le Medef propose d’allonger la durée de travail afin de relancer l’économie

La facture économique de l’épidémie de Covid-19 devrait se chiffrer à plus de 100 milliards d’euros et le gouvernement table sur une récession de -8% en 2020, contre une prévision de -6%, avant les annonces d’une prolongation du confinement jusqu’au 11 mai. Dans ce contexte, le président du Medef, afin de compenser les pertes de croissance qui seront enregistrées en 2020, insiste sur la nécessité de remettre “la machine économique en marche”. De ce point de vue, la mobilisation accrue des salariés devrait permettre de générer des gains de croissance non négligeables. Une extension des horaires de travail qui serait alors conditionnée à des accords avec les organisations syndicales représentatives. La position ainsi développée n’est pas isolée puisque la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher, a développé des propos similaires compte tenu des pertes d’activités, en avançant qu’il “faudra probablement travailler plus que nous ne l’avons fait avant”. Néanmoins l’argument économique s’est rapidement heurté à l’opposition syndicale, qui a vu dans la position du président du Medef une volonté de détricoter le code du travail.

Les syndicats et certains politiques s’opposent à l’augmentation de la durée du travail proposée par le Medef

La position de Geoffroy Roux de Bézieux n’a pas tardé à susciter l’ire des organisations syndicales de salariés, dont celle du numéro 1 de la CFDT, Laurent Berger. Il considère que cette proposition de travailler plus, c'est totalement indécent. L’aile gauche de l’échiquier politique s’est aussi vivement opposée à l’idée. Olivier Faure, premier secrétaire du Parti Socialiste, a dénoncé le “cynisme” du Medef. Du côté des Républicains, l’annonce est accueillie avec prudence. Damien Abad, le président du groupe à l’Assemblée nationale, avance que “si on travaille plus, on doit gagner plus”. S’il est possible de reconnaître une erreur de timing, qui peut expliquer certaines réticences du monde politique, il n’en reste pas moins que les propos du président du Medef ont la vertu de soulever une importante question. Mais aussi, de réfléchir à l’après, de se concentrer sur ce qui fera les fondements de la reprise économique.

Les médias se demandent si les Français vont devoir travailler plus

Face à l’hostilité des syndicats, le président du Medef a jugé le débat “clos”. Mais c’est aller bien vite en besogne. Depuis cette annonce, les chroniques économiques des chaînes d’information ou encore les articles de la presse nationale se penchent sur le sujet. Témoignage d’une question légitime, qui est celle de l’élargissement des horaires de travail dans une période qui nécessite et qui va nécessiter une mobilisation importante des forces productives. C’est pourquoi, dans le cadre de la gestion de la crise sanitaire, le gouvernement a déjà recours à l’allongement de la durée du travail. Des mesures de cet ordre ont d’ailleurs été prises pour les salariés exerçant dans les secteurs qui contribuent à la continuité de la vie économique. Plus encore, dans la phase de reprise, de nombreux commerçants, artisans, chefs d’entreprises, soucieux de préserver leur activité, n’hésiterons pas à travailler plus. Pour les PME et TPE, privées de deux mois d’activité, fragilisées par un faible solde de trésorerie, la question du temps de travail sera également posée. Si les médias se saisissent de la question, c’est aussi que les Français s’y intéressent alors qu’ils éprouvent de vives inquiétudes au sujet des conséquences économiques.

Dans un contexte de crise sanitaire, mais aussi de crise économique, la position du président du Medef a le mérite de poser les bases d’une réflexion autour du temps de travail. Cette réflexion ne se limite pas à l’allongement, il y a aussi la question de la diversification des temps de travail et de nos rapport avec ceux-ci. Pour le gouvernement, l’enjeu est de créer les conditions d’une reprise soutenue de l’activité économique. Pour les syndicats, il s’agira de prendre de la hauteur pour s’éloigner de positions parfois dogmatiques et adopter une démarche de dialogue.

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