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Travail le dimanche : quelle flexibilité envisager dans le monde du travail post-covid

Travail le dimanche : quelle flexibilité envisager dans le monde du travail post-covid

Lors d’un récent déplacement auprès des commerçants du 9ème arrondissement de Paris, Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances s’est dit prêt à “faciliter les choses pour l’ouverture le dimanche, pour rattraper ce qui a été perdu en termes d’activité”. Une phrase qui résume, à elle seule, l’enjeu de la séquence post-confinement : s’assurer d’une reprise solide de l’économie française. Pour cela, plusieurs voix demandent de laisser aux commerçants la liberté d’ouvrir le dimanche. Plus encore, d’autres secteurs pourraient avoir recours au travail le dimanche pour relancer leur activité.

Les commerçants, premières victimes d’une crise sanitaire aux lourdes conséquences économiques

Si à l’amorce de la phase de confinement, les commerçants ont pu reprendre une activité après s’être arrêtés deux mois, les contraintes sanitaires qui s’appliquent encore pourraient peser lourdement sur leur trésorerie, déjà fragilisée par la séquence de confinement. Nombre limité de clients, normes sanitaires, respect de la distanciation sociale, sont autant de mesures qui doivent s’appliquer dans les commerces. Et qui nécessitent un investissement financier supplémentaire. Qui plus est, ces nouvelles habitudes de travail font indéniablement augmenter le temps des prestations de service et réduisent donc le nombre de clients potentiels. Plus encore, dans ce contexte, les clients pourraient être réticents à se rendre dans les commerces en raison du risque épidémiologique ou des normes sanitaires qui rendent plus contraignante l’expérience d’achat. Pour beaucoup de commerçants, l’avenir de leur activité dépend de l’intensité de la reprise économique. Si elle n’est pas au rendez-vous, nul doute que beaucoup seront contraints de se séparer d’une partie de leur personnel voire de mettre la clé sous la porte.

Les récentes déclarations du gouvernement ne devraient pas rassurer les commerçants et plus généralement les Français. Invité d’Europe 1, le vendredi 22 mai, Bruno Le Maire s’est montré plus que pessimiste au sujet de la crise économique à venir. Pour lui, “il y aura des faillites et il y aura des licenciements dans les mois qui viennent”. Un avertissement du ministre au regard de la réduction progressive des mesures de chômage partiel au mois de juin.

Travail le dimanche : une solution possible pour compenser les pertes économiques des commerçants

Alors que les effets économique ne se font que timidement sentir, chacun y va de ses recommandations afin de créer les conditions optimales d’une reprise économique. Bon nombre de discussions gravitent autour de la question épineuse, mais plus que nécessaire dans cette période, de l’aménagement du temps de travail. Parmi les propositions faites, certains acteurs économiques et politiques préconisent de laisser la liberté aux commerces d’ouvrir le dimanche.

En matière de travail le dimanche, les commerces peuvent jouir de certaines dérogations sous l’effet, ces dernières années, d’avancées législatives importantes. Loin de se satisfaire de ces dérogations, qui reposent sur des critères bien précis (dérogations sur fondements géographiques…), et qui par définition excluent certains commerces, certaines voix demandent de permettre à n’importe quel commerce d’ouvrir le dimanche dans le contexte de crise sanitaire. Une demande formulée par Éric Woerth, député LR et président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale qui fait du droit à ouvrir le dimanche une mesure de soutien à adresser aux commerçants dans le cadre de la reprise économique. Un avis partagé par le gouvernement comme l’a rappelé récemment au micro de CNEWS, Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances. Une mesure “que l’on peut parfaitement concevoir” selon les mots de la secrétaire d’État.

Laisser la liberté aux commerces d’ouvrir le dimanche permettrait aux commerces de compenser les jours de fermeture consécutifs à la période de confinement imposée par les autorités. Une mesure qui permettrait de gagner de la clientèle. D’autant plus qu’une grande partie de celle-ci a fait l’expérience des achats sur internet. Elle s’est donc habituée à acheter à n’importe quel moment de la semaine sans contraintes horaires. L’enjeu est donc de récupérer une clientèle qui pourrait être séduite et convaincue par l’expérience d’achat en ligne.

Les assouplissements relatifs au travail le dimanche étendus à l’ensemble des secteurs d’activités

Dans un contexte si particulier, qui met à l’épreuve, notre façon de travailler, plusieurs considèrent que les solutions sont à chercher du côté d’une flexibilité accrue en matière de temps de travail. Par conséquent, le travail le dimanche n’est pas seulement à envisager pour les commerces, il l’est aussi pour les autres secteurs d’activité.

Certains secteurs, comme c’est le cas pour les entrepôts de la logistique particulièrement mobilisés pendant la période de confinement, ont pu faire l’expérience du travail le dimanche. Résultat d’une demande des entreprises de la logistique qui ont dû faire face à des contraintes d’approvisionnement nouvelles dans un contexte de forte demande. Plus encore, les cadences ont été ralenties par des mesures sanitaires limitant l’embauche de salariés pour prêter main forte à ceux déjà en poste. Quelques semaines plus tard, ce sont toutes les entreprises « particulièrement nécessaires à la sécurité de la Nation et à la continuité de la vie économique et sociale » qui sont concernées par des dérogations au repos dominical suite à la promulgation de la loi d’urgence. Une autorisation effective jusqu’au 31 décembre 2020 pour permettre aux entreprises qui le souhaitent d’aménager le temps de travail si elles sont soumises à un pic d’activité dans un contexte de manque d’effectifs.

Alors que les mesures sanitaires concernent depuis le 11 mai, l’ensemble des entreprises tout secteur confondu, la question de l’élargissement des horaires de travail a été remise au goût du jour. Pour certains, les contraintes que provoquent les normes sanitaires sur la productivité des entreprises peuvent justifier un recours temporaire au travail le dimanche. Un constat dressé notamment par Bertrand Martinot, économiste et spécialiste des question des l’emploi, qui appelle de ses vœux à un assouplissement du temps de travail, et souhaite laisser aux entreprises la liberté de travailler le dimanche. Plus récemment, Damien Abad, le président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale, s’est prononcé sur LCP sur les modalités de cet assouplissement. Pour lui, “la question du temps de travail doit être mise sur la table […] Il y a des secteurs qui auront besoin d’intensifier le travail […] il faut que la loi le permette. Je souhaite un cadre souple avec des négociations au sein de l’entreprise”. Des propos qui rappellent que la question du recours au travail le dimanche tout comme, plus largement, celle du temps de travail doit être abordée par la voix du dialogue social, en connaissance des besoins de l’entreprise.

Si, de prime abord, le travail le dimanche a été envisagé pour les commerces, d’autres secteurs d’activités pourraient être aussi demandeurs dans un contexte où la productivité est brimée par les normes sanitaires et où bon nombre d’entre elles joueront leur survie à la mesure de la reprise économique. Au delà de la question du travail le dimanche, la crise sanitaire invite à nous poser la question du temps de travail et à nous défaire des positions dogmatiques, qui ont longtemps jonché le débat.

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