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Société

Le travail du dimanche aux États-Unis, des Blue laws au 24/7

Le travail du dimanche aux États-Unis, des Blue laws au 24/7

Si les États-Unis, au XVIIIe siècle, avec les Blue laws, ont imposé un dimanche puritain sans travail, mais aussi sans divertissement, le travail du dimanche est aujourd’hui banalisé. Aucune loi fédérale ne le restreint et les Blue laws ont progressivement disparu avec l’affaiblissement du religieux. Néanmoins, certains États, plutôt conservateurs, sont plus réticents à lever les dernières barrières à l’ouverture dominicale de certains commerces.

Les Blue laws comme moyen de limiter l’ouverture dominicale des commerces au États-Unis

Aux XVIIIème siècle, sous l’influence de la religion chrétienne, les Blue laws entrent en vigueur afin de faire du dimanche un jour dédié à la pratique religieuse et aux comportements sains. Promulguées à travers les États-Unis afin d’encourager la fréquentation de l’église mais aussi pour limiter les comportements offensants, dont la consommation d’alcool, elles concernent plusieurs activités récréatives. À l’échelle des États, mais aussi au niveau local, ces lois interdisent, au nom de la morale, l’ouverture dominicale des commerces, mais aussi la vente dominicale de certains produits, dont l’alcool. Transformées au fil du temps d’interdictions religieuses à des pratiques traditionnelles, elles ont aujourd’hui pratiquement toutes disparues sous l’effet des nouveaux modes de vie.

Certaines, à l’échelle des États, ont été jugées inconstitutionnelles en raison de leur caractère religieux. La dernière restriction qui s’appliquait à la journée entière du dimanche a été abrogée en 1991 dans le Dakota du Nord. En 2019, cet État a complementement libéralisé l’ouverture dominicale en levant l’interdiction applicable au dimanche matin. Une décision favorablement accueillie par la chambre de commerce locale, dont les propos du président, Arik Spencer, confirment l’enthousiasme suscité parmi les commerces et les clients. Cependant, la vente au détail le dimanche reste interdite dans le comté de Bergen dans le New Jersey. Il s’agit de la seule et dernière exception en la matière. Quoi qu’il en soit, quelques Blue laws relatives à la régulation de la vente de certains produits demeurent au niveau local.

L’interdiction de la vente dominicale de certains produits outre-Atlantique, ultime entrave aux achats du dimanche

Dans les États du Sud des États-Unis, en majorité conservateurs, les traditions persistent malgré une disparition progressive des _Blue laws_. Certaines de ces restrictions sont parvenues tout au long du XXème siècle et aujourd’hui encore à résister aux motifs constitutionnels. En 1961, la Cour suprême des États-Unis a confirmé une loi du Maryland interdisant la vente de la plupart des marchandises mais aussi du tabac le dimanche. Tout en reconnaissant que les lois originales étaient motivées par des forces religieuses, la justice a considéré qu’elles faisaient partie aujourd’hui du champ de la tradition. La Virginie, la Caroline du Nord, le Tennessee ou encore le Mississippi ont fait du dimanche une option locale. Dans l’Arkansas, certaines régions sont encore soumises à l’existence de Blue laws qui restreignent le travail dominical en fonction de la nature des produits vendus. Si l’interdiction dominicale de vente d’alcool a été levée en 2009 au niveau de l’État, ils sont encore trente-neuf comtés sur soixante-quinze à interdire la vente d’alcool le dimanche. Dans ces comtés, les propriétaires de débits de boissons sont donc contraint de fermer leurs portes.

Bien que la majorité des restrictions concernent la vente d’alcool, elles peuvent s’appliquer à un large éventail de produits. En 2015, dix-huit États interdisent ou limitent toujours la vente de voiture le dimanche ; c’est le cas de l’Illinois. Une aberration pour les vendeurs de voiture qui ne comprennent pas pourquoi un État voisin autorise l’ouverture dominicale alors qu’eux même ne peuvent pas le faire. Plus étonnamment, le Texas, l’Alabama, et la Caroline du Sud ont encore des Blue laws qui interdisent la vente dominicale des livres. L’ensemble de ces particularités locales sont autant de possibilités pour les salariés de faire prévaloir leur refus de travailler le dimanche. Néanmoins, si ces lois tendent à se raréfier, le débat existe encore. Si certains considèrent l’existence de ces lois comme une violation de la séparation entre l’Église et l’État, d’autres voient en elles l’opportunité de préserver un jour dédié au loisir ou à la religion. Certains militent auprès de la Cour Suprême des État-Unis pour qu’elles soient reconnues comme inconstitutionnelles. Ce qui montre l’existence d’une influence religieuse sur l’organisation du temps de travail et plus encore sur le repos hebdomadaire.

Les Américains favorables à l’ouverture des commerces le dimanche

L’existence de ces Blue laws fait figure d’exception dans un paysage américain où la consommation dominicale est largement admise. Dans les supermarchés américains, la norme est d’ouvrir 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Ceci permet de lutter contre la part grandissante du e-commerce, tout en laissant la liberté au citoyen américain de s’approvisionner, peu importe le jour. C’est ainsi qu’à titre d’exemple, on relève les propos d’une caissière dans un Trader Joes de West Hollywood qui dit accepter “être disponible 7 jours sur 7” en signant son contrat de travail. Une conception de la répartition du temps de travail très différente de la logique française, qui privilégie l’existence d’un repos hebdomadaire, le dimanche. De plus, le caractère récurrent de l’ouverture dominicale des commerces fait que la rémunération dominicale échappe à une régulation nationale. Dans la plupart des cas, la rémunération est la même quel que soit le jour travaillé. Seuls les salariés qui travaillent exceptionnellement le dimanche peuvent bénéficier d’une majoration.

La question du travail dominical concerne aussi le secteur du e-commerce. FedEx vient d’annoncer qu’il allait proposer la livraison dominicale des colis dans les foyers américains. De son côté, Amazon a lancé la livraison dominicale aux États-Unis dès 2013. Cela montre la propension des ménages américains à vouloir consommer le dimanche quel que soit le canal de distribution.

Aux États-Unis, la réglementation du dimanche s’est donc structurée avec l’émergence des Blue laws, sous le joug d’une conception religieuse de la société. Sur cette question comme sur les autres, les États-Unis sont très marqués par la forme fédérale du régime politique. Dans ce pays, qui compte 50 États fédérés, certaines exceptions se maintiennent, bien qu’elles soient de plus en plus rares, épousant des particularités locales variées. Le débat porte donc davantage sur le maintien de lois illégitimes, mais traditionnellement ancrées, que sur le travail du dimanche lui même.

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