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Société

Quand le site d’actualité Le Média réduit le débat sur l’ouverture dominicale à une approche dogmatique

Quand le site d’actualité Le Média réduit le débat sur l’ouverture dominicale à une approche dogmatique

Une tribune du site d’actualité Le Média, critique le recours à l’automatisation et alimente les inquiétudes autour d’un futur sans emplois. Une référence à l’utilisation des caisses automatiques, dans le cadre de l’ouverture du Leader Price d’Anglet dans les Pyrénées-Atlantiques. Néanmoins, opposer les travailleurs aux robots et outre mesure en profiter pour dénoncer le recours au travail le dimanche est un non sens économique et historique.

Les témoignages de syndicats, d’associations altermondialistes et de caissières, assortis d’une caution scientifique, via les propos de deux sociologues, pose le décor d’une indépendance de l’argumentation. Mais naïf est celui qui ne perçoit pas le caractère dogmatique des propos développés tout au long de l’article.

Une appréciation erronée de l’impact des caisses automatiques sur l’emploi des caissières

L’article, bien qu’ayant le mérite de faire vivre le débat, considère le progrès technologique sous un seul prisme, celui de la destruction des emplois. Or, en réalité, bien plus qu’il ne supprime d’emplois, celui-ci affecte des tâches spécifiques au sein d’un métier, et pas nécessairement l’ensemble de ces tâches. Raisonner par métiers, en évoquant la disparition de l’emploi de caissière, revient à négliger la diversité des activités effectuées. Mais c’est aussi se refuser à envisager le potentiel de transformation des métiers. Et justement, les expériences passées prouvent que la vague de progrès technologiques a transformé les métiers plutôt que de les avoir supprimé. Les opposants aux caisses automatiques sont les mêmes qui craignaient une disparition des conseillers bancaires avec la mise sur le marché des guichets automatiques. Or, aujourd’hui, ce métier a t-il disparu alors que la France compte 53 000 automates bancaires ? La réponse est de toute évidence négative. S’ils ne distribuent plus de billets, ils accompagnent les clients dans leurs démarches financières. Une évolution des activités de cette profession qui n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. D’autres emplois, tels que les chargés de communication ou architectes, ont vu leurs activités évoluer en raison de l’utilisation de l’outil informatique.

Il en sera de même pour les caissières dont les missions évoluent vers plus de relation client. En effet, l’utilisation de la caisse automatique implique une nouvelle relation tripartite entre la machine, le client, et la caissière. Dans l’acte d’achat, l’intervention d’un tiers reste donc primordiale. Une modification de l’emploi qui implique de nouvelles compétences, et donc la mise en place d’une offre de formation pour les salariés. En ce sens, les politiques de ressources humaines des grands groupes de distribution semblent avoir saisi les enjeux de l’évolution des compétences induite par l’automatisation. En témoigne l’accord signé le 28 février 2020 entre Casino et les organisations syndicales représentatives. L’objectif est de construire et de proposer un plan triennal de développement des compétences afin d’accompagner l’évolution du métier de caissière. Preuve que les acteurs de la grande distribution et les syndicats peuvent trouver un terrain d’entente aux bénéfices des salariés. Une manière, aussi, de rompre avec le fatalisme concernant le développement de l’automatisation.

L’argument du travail du dimanche comme cause de la destruction des emplois

L’article se fait porte parole d’une double critique, celle de l’automatisation mais aussi celle de l’ouverture dominicale des commerces. Dans une approche toujours plus caricaturale, l’auteur fait un parallèle entre l’ouverture dominicale des commerces et la suppression d’emplois dans le secteur de la grande distribution. Or ce qui menace les emplois ce n’est pas l’ouverture des commerces le dimanche mais c’est le fait qu’ils ne puissent pas le faire librement. Une libéralisation du travail dominical est un moyen de faire face à la concurrence du e-commerce, dont la figure de proue, Amazon, est en passe de devenir le premier distributeur mondial. Un fait qui semble avoir échappé à l’argumentaire ainsi développé.

L’auteur préfère dénoncer la “combine” de Casino pour contourner la loi et ainsi ouvrir le dimanche. Pour appuyer son argumentation, elle reprend les propos d’une syndicaliste du LAB, syndicat de travailleurs basques, qui refuse l’automatisation “quand elle est faite au détriment de l’emploi et pour que les bénéfices aillent dans les poches des actionnaires”. Encore une fois, là où l’article pourrait éviter de tomber dans un réflexe idéologique, il résume le débat sur le travail dominical à la rationalisation des forces productives. Or, il serait pertinent de réfléchir aux raisons pour lesquelles Casino ouvre le Dimanche. Ne serait-ce pas en partie le résultat d’une demande des consommateurs ? Dans un sondage réalisé en décembre 2019 par l’institut YouGov, 7 Français sur 10 se sont déclarés en faveur des ouvertures le dimanche. Une majorité silencieuse, mais bien réelle, qui rend légitime l’ouverture dominicale des commerces. A contre courant, les syndicats et opposants au travail dominical restent prisonnier d’une critique constante de ce qu’ils considèrent comme une manifestation du capitalisme.

A cet égard, l’auteur ne se prive pas de rappeler le cas du Casino d’Angers qui avait été sujet de toutes les attentions. En août dernier, l’ouverture dominicale de cet hypermarché grâce au recours exclusif aux caisses automatiques avait suscité de vives oppositions de la part des syndicats et de quelques salariés. Une mobilisation paradoxale, puisque le choix du groupe Casino permet de satisfaire les consommateurs sans remettre en cause le repos dominical des caissiers. L’utilisation exclusive des caisses automatiques le dimanche après-midi est le résultat de la dureté de la législation française concernant l’ouverture dominicale des commerces. Pour les distributeurs, la loi est un frein alors que, comme le reconnaît l’article, tout à son crédit, certains consommateurs “se tournent vers le commerce en ligne et les livraisons”. L’expérience d’Angers est la manifestation de la difficulté, pour certains, d’envisager le supermarché de demain et de voir le dimanche comme un moyen de concurrencer le e-commerce et non comme un destructeur d’emploi.

Cet article, florilège d’arguments partisans, est une fois de plus la preuve de l’existence et de l’influence d’une vision dogmatique sur un débat de société. Seuls une mise en perspective des enjeux, un certain attachement à la vérité, et une compréhension des attentes des consommateurs permettra d’envisager pleinement et sereinement le débat autour du travail dominical.

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