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Ouverture des supermarchés : certains syndicats mettent la pression

Ouverture des supermarchés : certains syndicats mettent la pression

À la faveur de la crise sanitaire du Covid-19, les syndicats s’opposent à l’ouverture de certaines enseignes de la grande distribution le dimanche, mais aussi pendant les jours fériés. Si les organisations syndicales font de cette question un sujet de santé publique, les positions dogmatiques ne sont jamais bien loin.

Les syndicats opposent l’impératif sanitaire à l’ouverture des commerces le dimanche et les jours fériés

Si les mesures de confinement auraient pu laisser penser à une trêve syndicale, il n’en a rien été. Bien que les organisations syndicales ne puissent plus battre le pavé, elle se mobilisent sur les réseaux sociaux, devenus plus que jamais le relais de leurs revendications. Si les sujets de mobilisation sont nombreux, celui de l’ouverture le dimanche et pendant les jours fériés des enseignes de la grande distribution, nous intéresse tout particulièrement. Dernière opposition en date, celle des syndicats contre l’ouverture prochaine d’un Géant Casino dans la Drôme, le 1er mai.

Sur ce point, en pleine crise du Covid-19, les syndicats sont vent debout contre des ouvertures qu’ils jugent comme contraires au respect des règles sanitaires. Selon eux, un fonctionnement six jours sur sept a le mérite d’offrir un temps de repos aux salariés tout en réduisant les risques de contamination. Sur cette question de l’ouverture dominicale, le délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution, Jacques Creyssel, rétorque que la fermeture des magasins le dimanche “doit rester un choix des enseignes”. Il précise que “le trafic dans les magasins a beaucoup baissé” et que la liberté ainsi offerte aux supermarchés permettra “d’étaler les visites”. Une position somme toute logique au regard de la situation actuelle. Dès le début de la crise sanitaire, les représentants de la grande distribution, réunis autour de Bruno Le Maire, alertaient sur la nécessité de lisser les achats dans le temps. D’une part pour éviter une sollicitation trop importante de la chaîne d’approvisionnement, et d’autre part pour réduire la fréquentation dans les magasins et ainsi promouvoir les gestes barrières. Par conséquent, fermer les magasins le dimanche, voire pendant les jours fériés, revient à réduire les possibilités d’achat et donc la capacité de les lisser dans le temps.

Une critique des syndicats à peine voilée contre le modèle autonome de l’ouverture dominicale

La potentielle ouverture en mode autonome de certaines enseignes le 1er mai, date de la fête du Travail, est un véritable casus belli. Deux organisations syndicales, la CFDT et la SNTA FO, s’opposent à l’ouverture le 1er mai du Géant Casino de Montélimar dans la Drôme. Pour eux, il s’agit d’une “opportunité supplémentaire de chiffre d’affaires en permettant aux clients de se déplacer […] avec tous les risques de contagion que cela implique”. Des positions tout aussi fermes, dans le cadre des ouvertures dominicales des enseignes, comme le rappel la FGTA/FO “Notre fédération […] milite pour que tous les magasins de la grande distribution de toutes enseignes et de tout statut soient également fermés le dimanche”. Une critique qui vise tout particulièrement les magasins 7j/7.

À bien des égards, ce qui semble aussi déranger, c’est l’ouverture en mode autonome de ces magasins. Un recours aux caisses automatiques qui suscite des critiques récurrentes de la part des syndicats. Mais sur ce point, l’unité syndicale se fracture quelque peu ; en témoignent les voix dissonantes observées dans cette séquence de crise sanitaire. Dans un communiqué le 16 mars, le syndicat FGTA-FO demandait de prioriser l’utilisation des caisses automatiques afin de protéger les hôtes et hôtesses de caisses. D’un autre côté, un délégué syndical CFTD d’Auchan jugeait “complètement aberrant de continuer à utiliser ces engins”. Plus encore, dans leurs revendications, la CFDT et la SNTA FO prennent soin de ne pas mentionner de critiques à l’égard des caisses automatiques. Signe que les syndicats ont peut être perçu l’utilité des technologies d’achat dans le cadre de la crise sanitaire. Réduction des contacts, utilisation des paiements sans contact via la technologie RFID, réduction du temps de passage en caisse, sont autant d’atouts à mettre au crédit des caisses automatiques. Des atouts qui répondent aussi à de nouvelles habitudes de consommation, renforcées par la crise du Covid-19, et qui seront sans doute à observer dans la phase post-confinement. Ayant fait l’expérience de la consommation multicanale - drive, click and collect, livraison à domicile - nul doute que les consommateurs rechercheront la praticité et la rapidité.

Une critique dissonante compte tenu de la crise sanitaire du Covid-19

Face à ces critiques syndicales, les enseignes de la grande distribution restent droit dans leur bottes, et maintiennent pour la plupart l’ouverture le dimanche et pendant les jours fériés des drives et magasins. L’enseigne Auchan confirme son intention de maintenir les ouvertures en rappelant qu’ “Auchan Retail France n’a pas pris de directive nationale concernant l’ouverture du dimanche. Nos magasins et drives restent ouverts le dimanche comme habituellement”. Une position partagée par d’autres enseignes comme le Groupe Casino. Mais si les annonces se font au niveau national, les décisions relèvent le plus souvent du cas par cas. Pourquoi alors empêcher des enseignes qui souhaitent ouvrir de le faire ?

Les positions syndicales semblent plus que jamais dissonantes avec le contexte actuel. En effet, de nombreux secteurs, privés d’activité depuis 5 semaines, confinement oblige, attendent avec impatience la reprise de leur activité le 11 mai. Plus encore, d’autres s’efforcent de négocier une reprise partielle du travail. C’est le cas du secteur de la restauration qui milite, par l’intermédiaire de ses chefs étoilés, pour une reprise au 15 juin, contre la mi-juillet annoncée par le gouvernement. Une nécessité économique pour ce secteur, mais aussi pour d’autres qui sont privés de revenus depuis plus de cinq semaines. Le climat salarial est donc orienté vers la reprise de l’activité, devenue essentielle alors que les difficultés financières et tensions de trésorerie se font ressentir pour beaucoup d’entreprises. Difficultés financières qui sont aussi celles de ménages, de salariés de la grande distribution, et d’étudiants. En ce sens, l’ouverture le dimanche et pendant les jours fériés est l’opportunité de compléter le revenu du ménage, amputé parfois par une mise en chômage partiel de l’un des membres de la famille. La position syndicale fait donc fi de la réalité, elle est un non-sens économique dans un contexte difficile pour les Français.

L’opposition syndicale se mobilise donc contre les ouvertures le dimanche et pendant les jours fériés des enseignes de la grande distribution. Mais ces discours gagneraient à tenir compte d’une réalité difficile sanitairement et économiquement. D’autres débats, sur d’autres terrains, mériteraient plus d’attention de la part des syndicats, alors qu’il s’agit de préparer la reprise économique.

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