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Économie

Les retombées économiques des zones touristiques internationales

Les retombées économiques des zones touristiques internationales

La loi du 6 août 2015 pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques a créé une nouvelle dérogation en matière de travail dominical. Elle repose sur un fondement géographique : les zones touristiques internationales (ZTI). Elles sont définies comme des périmètres bénéficiant d’un « rayonnement international, de l’affluence exceptionnelle de touristes résidant hors de France et connus pour l’importance de leurs achats ». L’ambition de cette mesure est d’adapter les conditions d’ouverture des commerces à un contexte géographique mais aussi sectoriel particulier tout en développant le potentiel économique de ces zones.

Les ZTI se caractérisent par un contexte économique et social particulier

Le cas des ZTI parisiennes permet de comprendre les caractéristiques particulières de ce nouveau cadre géographique. Sur les 21 zones identifiées en France, 12 sont à Paris. Représentant 6.6% du territoire parisien, les ZTI bénéficient d’une forte activité touristique, synonyme de forte activité économique. En effet, un emploi parisien sur cinq se trouve dans une ZTI, ce qui représente près de 316 000 emplois d’après une étude de l’INSEE de 2017. Concernant le commerce de détail, cela représente 43% des emplois du secteur. Ces emplois sont principalement concentrés dans trois ZTI : Saint-Honoré-Vendôme, Haussmann et Champs-Elysées Montaigne. Ces zones se distinguent aussi par une densité commerciale importante et par une structure de l’activité commerciale particulière, les rendant plus sensibles aux mutations économiques et sociétales actuelles. En effet, la concentration de commerces y est deux à trois fois plus forte que dans le reste de la capitale. Le commerce de détail est l’activité dominante de ces zones, avec 16 % des emplois contre 7 % à Paris. Les autres activités dominantes sont le secteur de l’hébergement et de la restauration. Enfin, la population salariée des ZTI est relativement jeune. L’âge médian des salariés dans les ZTI est de 33 ans pour le secteur du commerce de détail contre 39 ans pour les autres secteurs.

Les retombées économiques justifient l’existence des zones touristiques internationales

La définition des zones touristiques internationales a été l’une des mesures les plus débattues lors de l’examen de la “loi Macron”. Néanmoins, si par le passé, celle-ci a pu susciter des réserves de la part des partisans du repos dominical, elle semble avoir fait ses preuves. C’est en effet le constat mis en lumière dans un rapport de la Direction générale des entreprises, rapporté par Benjamin Griveaux, alors Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances : celui d’une “évidente, et encourageante montée en puissance du dispositif”.

L’un des enjeux de la loi de 2015 est d’améliorer la compétitivité des commerces pour profiter du potentiel économique du tourisme mais aussi pour s’adapter aux mutations du secteur. Le premier résultat de la loi est l’augmentation sensible du taux d’ouverture dominicale à l’intérieur des ZTI. Dans ces zones, en février 2017, 28.2% des commerces ouvrent le dimanche, contre 17.5% lors de l’adoption de la loi, soit une hausse d’environ un millier d’établissements. C’est le secteur du commerce de détail alimentaire qui a le taux d’ouverture dominical le plus élevé, avec une variation entre 55% et 62% en fonction de la saison. À noter que le taux d’ouverture dominicale hors ZTI ne progresse que légèrement, illustrant l’influence législative en la matière. Au niveau macroéconomique, il est difficile d’avoir des données précises concernant les retombées de cette mesure. Néanmoins, la dynamique d’élargissement du travail dominical dans les ZTI laisse à penser que la nouvelle législation a permis de développer sensiblement le chiffre d’affaires des commerces impliqués ainsi qu l’emploi. Au cas par cas, il est possible d’avancer des données chiffrées. Par exemple, le BHV Marais a enregistré un surplus de 10% de son chiffre d’affaires depuis le lancement de son ouverture le dimanche, en juillet 2016. Selon les grands magasins, la loi a conduit à des embauches notamment en contrat à durée indéterminée.

Les salariés perçoivent les avantages des ZTI

Au-delà des gains de compétitivité évidents, les personnels concernés par l’ouverture dominicale semblent en percevoir les avantages. En effet, de nombreuses enseignes comme Les Galeries Lafayette ont indiqué qu’il y avait plus de volontaires que de places disponibles. En 2017, ils sont 92% des salariés des Galeries Lafayette du boulevard Haussmann à s’être inscrit pour travailler le dimanche. De plus, les commerçants sont près de 54% à avoir une opinion positive sur les ZTI, tailles d’entreprises et secteurs d’activités confondus. À noter que 46 % des commerçants parisiens situés hors de ces zones ont une opinion favorable sur le dispositif, demandant une possibilité de l’étendre. Le rapport d’information parlementaire du 29 novembre 2018 sur l’évaluation de la “loi Macron” a rappelé la nécessité de mesurer l’impact de la création des ZTI en matière d’emploi et de chiffre d’affaire. Face à l’adhésion de ce dispositif, le rapport développe également l’idée de faire de Paris une seule zone touristique internationale afin de rivaliser avec d’autres capitales, comme Londres qui autorise beaucoup plus largement le travail dominical.

La mutation profonde que connaît le secteur du commerce, renforcée par la pression constante du e-commerce, implique une réaction concertée des pouvoirs publics. La loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques de 2015 en est une. En effet, l’ouverture dominicale ne répond pas seulement à un impératif touristique, mais elle répond aussi à un impératif économique, celui de mettre un terme à l’avantage concurrentiel que constitue l’ouverture dominicale pour les géants du e-commerce.

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