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Société

L’engagement de Bibliothèques Sans Frontières pour étendre les horaires d’ouvertures des bibliothèques

L’engagement de Bibliothèques Sans Frontières pour étendre les horaires d’ouvertures des bibliothèques

En 2014, l’association Bibliothèques Sans Frontières lançait la campagne “Ouvrons + les bibliothèques” afin d’interpeller les pouvoirs publics sur l’insuffisance et l’inadaptation des horaires d’ouverture des bibliothèques françaises, rappelant la nécessité de l’accès à la culture pour tous. Une stratégie qui s’est avérée payante.

Ecrivains, hommes politiques, universitaires, étudiants, bibliothécaires composaient la liste des 14 000 signataires à la pétition lancée dans le cadre de cette campagne. L’appel adressé au gouvernement de l’époque a porté ses fruits, comme en témoignent les différentes positions d’élus qui en ont résulté. Parmi les faits marquants, on note l’adoption par les députés, lors de l’examen de la loi Macron en 2015, d’un sous-amendement déposé par la députée Aurélie Filippetti, valable 1 an. Celui-ci soumet l’ouverture dominicale des bibliothèques à la décision du conseil municipal. En 2016, Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre de l’Éducation nationale, annonçait un élargissement des horaires d’ouverture des bibliothèques universitaires.

Par ailleurs, Paris, épicentre de la politique culturelle, a été pionnière en matière d’ouverture dominicale des bibliothèques, avec un objectif de 10 bibliothèques parisiennes ouvertes le dimanche en 2020. Plus récemment, en 2018, Erik Orsenna, “ambassadeur de la lecture”, a remis un rapport à l’ancienne ministre de la culture, Françoise Nyssen, dans lequel il défend l’ouverture de certaines bibliothèques 7 jours sur 7.

Quand l’égalité d’accès à la culture appelle l’ouverture le dimanche

La naissance de cette association rappelle que l’ouverture dominicale ne se limite pas au secteur du commerce, mais qu’elle constitue un enjeu global d’une société qui souhaite rompre avec un dogmatisme qui fait du dimanche un jour de repos.

De plus, la place de la culture dans ce débat se justifie en ce qu’elle participe à la création d’un maillage territorial de proximité. Proximité qui implique de s’adapter aux besoins et envies des individus. C’est pourquoi le collectif soutient que “les bibliothèques doivent être ouvertes aux moments de disponibilité individuelle ou familiale”. Or, la politique dans le domaine est plutôt de faire coïncider les horaires des bibliothèques avec les horaires de bureau, excluant de fait les personnes contraintes par des horaires de travail durant la semaine. A l’inverse, musées, théâtres et autres espaces culturels sont souvent ouverts le dimanche, tandis que les bibliothèques ou médiathèques sont dans la plupart des cas fermées. L’exclusion des lieux de lecture du champs des activités dominicales ne fait pas sens car d’autres activités dites culturelles, comme le cinéma ou la peinture, bénéficient d’une dérogation au repos dominical.

La campagne menée par Bibliothèques Sans Frontières fait ressortir trois enjeux qui constituent les clés de voûte d’un débat qui perdure encore dans l’espace public, à savoir l’enjeu d’adaptabilité, d’égalité et de continuité. Le premier réside dans l’essence même d’un régime démocratique, dont le rôle des politiques publiques est d’être capable de s’adapter aux évolutions de la société et aux besoins du public. Le second est celui de l’égalité d’accès aux services publics, qui passe par la prise en compte de la diversité des rythmes de travail, de vie et de l’éloignement des lieux d’emploi. Le dernier est celui de la continuité de ce service qui permet de préserver et de densifier le lien unissant la culture à son public.

La logique comptable : seul argument des opposants à l’ouverture dominicale des bibliothèques

À ceux qui avancent que l’ouverture dominicale nécessite des moyens supplémentaires que la politique culturelle française n’offre pas, il est possible d’y opposer les exemples étrangers. Pour Bibliothèques Sans Frontières, à moyens équivalents, et dans le respect des agents, des solutions existent. Par exemple à Copenhague (le Danemark possède une législation souple en matière de travail dominical) l’amplitude horaire des bibliothèques est de 98 heures hebdomadaires, contre 38 heures pour les bibliothèques parisiennes.

Les exemples européens, mais aussi quelques exemples tricolores nous offrent des solutions pour fournir un service public de qualité le dimanche. Parmi ces dernières, il est possible d’envisager le recours à des emplois étudiants temporaires, pour venir épauler le personnel permanent. On peut également évoquer le décalage des horaires d’ouverture ou une ouverture partielle, un aménagement des emplois du temps des bibliothécaires, ou encore la mise en place d’une politique de compensation.

Ce mouvement spontané n’est pas sans rappeler la naissance du mouvement des Bricoleurs du Dimanche. Au même titre que le secteur du commerce, il faut penser la culture comme un domaine qui épouse les rythmes de vie. Si ce mouvement n’a pour l’instant pas abouti à faire inscrire dans la loi une dérogation permanente au repos dominical pour les établissements culturels, que sont les bibliothèques et les médiathèques, il a permis de l’installer dans le débat.

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