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Covid-19 : étendre les horaires d’ouverture des commerces alimentaires pour gérer la crise ?

Covid-19 : étendre les horaires d’ouverture des commerces alimentaires pour gérer la crise ?

Bien avant la crise sanitaire, le débat autour des horaires d’ouverture des commerces alimentaires était déjà tangible, symbolisé par l’ouverture dominicale ou l’extension des horaires en soirée la semaine. Si certains faisaient jusqu’à présent peu de cas de cette question, n’ayant pas trouvé porte close au moment de faire leurs courses, l’épidémie et la séquence de confinement invitent chacun à se saisir de cette question. Pour preuve, elle devient un élément important de la gestion de la crise par la grande distribution.

Confrontées à de nouveaux défis sanitaires et logistiques, les enseignes de la grande distribution multiplient les initiatives, de l’offre de nouveaux services dont la livraison à domicile, aux matériels de protection à destination du personnel de caisse. À cela vient s’ajouter l’aménagement des horaires d’ouverture qui, au sein du secteur, semble échapper à l’union sacrée qui prévaut pourtant sur de nombreux sujets.

L’extension des horaires d’ouverture pendant le Covid-19, une réponse aux scènes de cohues suite aux annonces gouvernementales

Bien que les initiatives soient locales, elles se construisent autour d’une logique d’enseigne avec des stratégies différentes. Les premières mesures d’extension des horaires sont consécutives aux scènes de cohues observées à la suite ou en prévision des annonces gouvernementales qui ont jalonné la crise sanitaire. Dès le 17 mars, à la veille de l’entrée de la France dans une période de confinement, les enseignes se sont positionnées sur la question. Intermarché, par la voix de son directeur général, Thierry Cotillard, s’est dit favorable à l’extension des horaires d’ouverture des magasins dans le cadre de la gestion de la crise sanitaire. Des paroles qui ont été rapidement appliquées, puisque dès l’entrée en vigueur du confinement, de nombreux magasins de l’enseigne ont étendu leurs horaires d’ouverture. C’est le cas de l’Intermarché d’Issy-Les-Moulineaux qui a décidé d’ouvrir jusqu’à 16h le dimanche, contre 13h habituellement. Des horaires étendus également le soir, notamment pour le service Drive.

L’élargissement des horaires d”ouverture répond à plusieurs objectifs dans une situation de consommation inédite. Tout d’abord, il s’agit, et avant tout, de faciliter l’approvisionnement des Français. Sur ce point, il est nécessaire de permettre à tous les Français, confinés ou salariés mobilisés, de pouvoir faire leurs courses. D’autant plus qu’une ordonnance adoptée le 25 mars par le Conseil des ministres dans le cadre de la loi d’urgence, autorise une augmentation de la durée du temps de travail, jusqu’à 60h pour les salariés mobilisés. Des salariés fortement mobilisés, bien avant cette mesure gouvernementale, qui n’ont donc pas forcément la possibilité de pouvoir faire leurs courses durant les horaires normaux. En parallèle, une plus large amplitude horaire permet de réduire la concentration de clients, d’assurer plus facilement le réassort des rayons, mais aussi de respecter les distances de sécurité dans les allées et aux caisses des supermarchés.

L’extension des horaires d’ouverture le matin pour permettre à un public plus fragile de pouvoir faire ses courses en sécurité

L’enjeu pour la grande distribution est aussi d’assurer une continuité du service d’alimentation, en particulier pour la clientèle la plus vulnérable face aux risques de l’épidémie. En ce sens, deux enseignes, Casino et Intermarché, ont étendu les horaires d’ouverture le matin. L’objectif est de réserver des créneaux aux personnes âgées afin de minimiser les risques, tant pour eux-mêmes que pour les salariés du magasin. L’Intermarché de Pont-à-Mousson en Meurthe-et-Moselle réserve trente minutes, de 7h30 à 8h, tous les matins pour les personnes de plus de 70 ans, les personnes à mobilité réduite, les femmes enceintes et le personnel médical. Même initiative à l’Intermarché de Bezons, dans le Val-d’Oise, dont le gérant a pris cette décision après avoir vu de nombreux clients âgés présents dès l’ouverture du magasin. Des clients désireux d’éviter les heures de pointe, inquiétés par les scènes de cohue observées avant et après l’annonce du confinement.

Ces plages horaires ne sont pas proposées dans toutes les enseignes et dans tous les magasins d’une même enseigne. Cela étant dû au fait que les décisions se font au cas par cas, et sur le court terme. Le 22 mars, seul un Super U de Savoie sur une dizaine recensés proposait un créneau aux personnes âgées. Alors que la fréquentation est revenue à la normale, et que des scènes de forte affluence ne sont plus observées depuis, les dispositifs ne se justifient plus selon un gérant d’un autre magasin. Un constat qui rappelle que l’aménagement des horaires est un moyen de répondre à une demande exceptionnelle dans un contexte de crise sanitaire inédite.

L’entrée dans une période prolongée de confinement pousse des enseignes à réduire leurs horaires d’ouverture

Au contraire, certaines enseignes réduisent, dès à présent, leurs horaires d’ouverture. Bien loin des scènes de cohues, en amont et en aval des annonces gouvernementales, la fréquentation des supermarchés semble être revenue à la normale. Une possible conséquence du comportement des clients qui ont réduit leur fréquence d’achat ou bien fait d’importantes provisions. Si la réduction des horaires d’ouverture est une façon de s’adapter à une demande instable en période de crise sanitaire, elle est aussi une mesure à destination des salariés. En outre, c’est une façon de soulager les hôtes et hôtesses de caisse, durement éprouvés par l’afflux de clients observé dans les semaines précédentes. En ce sens, l’enseigne Carrefour a décidé de fermer tous ses supermarchés et hypermarchés au plus tard à 19h, soit dans certaines zones quatre heures plus tôt que d’habitude. Une mesure également partagée par l’enseigne Lidl. En revanche, Intermarché et Casino, quant à eux, ont décidé, pour l’instant, de ne pas réduire leurs horaires d’ouverture.

Encore une fois, les aménagements d’horaires sont pris dans une logique de s’adapter à une demande, instable, soumise plus que jamais à des soubresauts, caractéristiques de toute crise. Si le début de l’épidémie du Covid-19 a été marqué par une hausse importante de la consommation, la période actuelle est celle d’un retour à la normale, voire d’un certain tassement de la consommation. Compte tenu de ces niveaux de consommation, les enseignes de la grande distribution modulent donc leurs horaires d’ouverture afin de répondre de façon optimale aux attentes des clients comme des salariés.

En période de crise, les comportements de consommation sont plus que jamais soumis à des variations qui résultent des événements qui jalonnent, de part et d’autres, son évolution. Pour les commerces alimentaires, il s’agit donc de prévoir, ou du moins d’adapter leur fonctionnement à ces variations. C’est pourquoi, au fur et à mesure de la crise, les horaires d’ouverture ont été modifiés. Témoignage de l’intérêt de moduler les horaires d’ouverture quand il s’agit de répondre à l’évolution des modes de consommation.

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