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Comment la crise du Covid-19 va modifier l’organisation du temps de travail

Comment la crise du Covid-19 va modifier l’organisation du temps de travail

La crise du Coronavirus devrait profondément bouleverser la façon d’organiser le temps de travail. Une modification soumise à un double mouvement, dans le cadre de la crise sanitaire : d’une part une augmentation de la durée de travail, d’autre part une diversification des durées de travail, dont le recours au travail dominical. Ces transformations, aujourd’hui nécessaires au maintien de l’activité économique, demain primordiales dans la phase de reprise économique, vont, de toute évidence, modifier notre rapport au travail.

L’extension des horaires de travail, une réponse au maintien de l’activité économique pendant le Covid-19

Depuis les mesures de confinement, et la fermeture de nombreuses entreprises, dont beaucoup de salariés ont été mis en chômage partiel, les autorités françaises s’efforcent de maintenir une activité économique élémentaire. Pour cela, les entreprises opérant dans les secteurs de la logistique, des transports, de l’agroalimentaire, de l’énergie, des télécommunications et de l’agriculture bénéficient de nombreuses dérogations au droit du travail. Des dérogations entérinées, par le gouvernement, le mercredi 25 mars, dans le cadre de la loi d’urgence. Si la limite du temps de travail est désormais fixée à 60 heures pour ces secteurs, contre 48h habituellement, ils peuvent aussi avoir recours au travail dominical. Une autorisation effective jusqu’au 31 décembre qui ajoute un nombre important de secteurs à la liste de ceux bénéficiant déjà d’une dérogation au repos dominical. Les ordonnances prévoient aussi une modification des dates de congés payés afin de mobiliser de façon soutenue et continue les salariés. L’objectif est, selon les mots d’Edouard Philippe, de “permettre l’organisation d’une véritable économie de guerre dans les secteurs vitaux”. Face à la nécessité de s’adapter à un environnement incertain et de préserver un niveau satisfaisant de production, la flexibilité du temps de travail apparaît donc comme une ressource importante, si ce n’est essentielle, pour les entreprises.

Les contraintes sanitaires du Covid-19 impliquent d’avoir des horaires décalés

Dans la séquence de confinement, les entreprises doivent maintenir une activité économique, tout en garantissant des conditions de sécurité pour les salariés. Au premier abord, l’injonction est contradictoire, puisque le fonctionnement d’une entreprise nécessite une présence importante de salariés au même endroit, au même moment. Compte tenu de cette délicate équation, l’aménagement des horaires de travail peut limiter la présence de salariés au même moment sur le site de l’entreprise. Cette solution reviendrait à promouvoir des rythmes en horaires décalés pour permettre de mobiliser l’ensemble des salariés.

Dans un contexte de gestion de crise, les entreprises perçoivent la flexibilité du temps de travail comme un outil efficace de politique des ressources humaines. En témoignent les initiatives locales dans plusieurs secteurs d’activité. Dès le début du confinement, l’Intermarché de Lorient a pris la décision de revoir l’aménagement du temps de travail pour réduire la concentration de salariés pendant les horaires d’ouverture. Le directeur du magasin explique : « On a mis une organisation un peu spéciale depuis samedi, avec plus de travail de nuit et des horaires décalés, pour protéger nos équipes ». Cette mesure concerne surtout le personnel chargé de la mise en rayon, qui travaille plus tôt le matin ou plus tard le soir. Dans la grande distribution, l’aménagement du temps de travail passe aussi par une extension des horaires d’ouvertures. Du côté du secteur industriel, les initiatives sont similaires, avec des entrées en horaires décalés pour les salariés d’une usine de moteurs située à Maubeuge, dans le Nord. Ces initiatives devraient se multiplier alors que certaines entreprises décident, après avoir mis en place des règles sanitaires, de reprendre progressivement le travail. Preuve que ces mesures fonctionnent, les syndicats ont quelque peu adouci leurs discours, en acceptant par exemple le travail du dimanche dans les drives des enseignes de la grande distribution.

Les nouvelles organisations du temps de travail, moteur essentiel de la reprise économique et au delà

Si la séquence de confinement est pour les entreprises l’occasion de développer de nouvelles méthodes de travail, il s’agira de penser à l’après. Par conséquent, l’enjeu est de créer des conditions propices à une reprise rapide de l’activité économique. Si certains jugent précoce de parler de déconfinement, il n’en reste pas moins que médias, réseaux sociaux, comme dirigeants politiques l’intègrent de plus en plus dans leur verbatim. En prévision du sommet européen qui doit se tenir le jeudi 23 avril, Charles Michel, président du Conseil européen, a précisé qu’il était “temps de jeter les bases d’une reprise économique musclée”. Signe que les entreprises doivent se mettre sur les rails d’un redémarrage progressif de l’activité. Pour cela, la modification de l’organisation du temps de travail permettra de solliciter l’ensemble des salariés afin d’absorber la demande post confinement. D’autant plus que le fonctionnement des entreprises sera encore régi par des contraintes sanitaires, imposant le respect d’une distanciation sociale, qui limite, de fait, les concentrations de personnel au sein des structures.

Mais nul doute que la crise du Covid-19 et son impact sur les pratiques d’organisation du temps de travail au sein des entreprises, produira un changement de fond, à même de perdurer. Cette flexibilisation accrue du temps de travail devrait modifier le rapport qu’entretiennent les Français avec des horaires atypiques. À l’issue de cette crise, ils seront perçu différemment en ce qu’ils peuvent répondre à des contraintes nouvelles et des besoins différents.

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