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Casino d’Angers : un droit de repos pour les machines ?

Casino d’Angers : un droit de repos pour les machines ?

Depuis le 25 août, l’ouverture dominicale de l’hypermarché d’Angers grâce au recours exclusif aux caisses automatiques continue d’être sujet à la contestation. Cependant il est le fer de lance d’un mouvement qui tend à se généraliser.

La décision du Géant Casino de La Roseraie, près d’Angers, d’ouvrir le dimanche après-midi est le symptôme des tensions autour du travail du dimanche. Pour sa première ouverture, l’hypermarché avait été le théâtre d’une manifestation de « Gilets jaunes » et de syndicalistes. Par la suite, la société sous-traitante en charge de l’animation des caisses dans l’hypermarché est assignée en justice par l’inspection du travail. Le 17 octobre, la justice interdit à Casino de faire appel à l’entreprise externe les dimanche après-midi. Le 25 décembre et le 1er janvier, Casino aggrave la colère des syndicats en décidant d’ouvrir le magasin d’Angers, une première en France. Ces événements traduisent les réticences françaises à un mouvement qui répond pourtant aux attentes des consommateurs.

Le casino d’Angers : une critique contre l’ouverture dominicale mais aussi contre l’automatisation des hypermarchés

La grande distribution développe des canaux de distribution innovants afin de répondre aux attentes des consommateurs de plus en plus autonomes et souvent pressés. D’après une étude LSA de 2007, le secteur du commerce et de la distribution représente environ 10% des investissements en technologies de l’information soit plus de 5 milliards d’euros. Selon l’ouvrage de Dujarier et Tiffon, La mise au travail des clients, publié en 2013, le mouvement dominant dans la distribution est celui de l’externalisation des tâches vers le client. L’utilisation des caisses automatiques entre ainsi dans la logique selon laquelle les clients veulent éviter des temps d’attente en caisses trop longs, afin de passer le moins de temps possible à faire leurs courses et de préserver suffisamment de temps libre.

Le casino d’Angers est l’un des hypermarchés français les plus avancés en matière d’automatisation des caisses. Le recours aux caisses automatiques le dimanche après-midi a suscité les critiques de la CGT, qui dénonce cette automatisation mais aussi l’ouverture du magasin le dimanche. La prise de position du syndicat est considérée par certains comme paradoxale car le choix du groupe Casino permet de satisfaire les consommateurs sans remettre en cause le repos dominical des caissiers.

L’utilisation dominicale des caisses automatiques se généralise face à la dureté de la législation française

Selon une étude Nielsen, en 2019, 10% du chiffre d’affaires des groupes de distribution est encaissé par des caisses automatiques et 18% des consommateurs les utilisent. Par exemple, 3 Monoprix sur 4 disposent de ces machines, dans lesquels elles représentent 26% du chiffre d’affaires. Plus les hypermarchés sont équipés en caisses automatiques, plus ils peuvent être tentés d’ouvrir le dimanche après-midi. Au-delà de la simple automatisation, à la suite de l’expérience d’Angers, Casino a étendu ce modèle à au moins 20 autres grandes surfaces. Le recours des distributeurs aux caisses automatiques est notamment lié à la dureté de la législation française en matière de travail dominical. L’exception accordée aux zones touristiques internationales n’est qu’une dérogation au code du travail qui interdit à la plupart des commerces de faire travailler des salariés au-delà de 13 heures le dimanche. Pour les distributeurs, les restrictions en vigueur en dehors des centres-villes sont un frein alors que le e-commerce ne cesse de séduire des Français. Certains salariés dénoncent cette législation alors que le trafic de clientèle est aussi important que le dimanche matin. Selon Casino, la fréquentation est en hausse dans l’hypermarché d’Angers. Par exemple, le nombre de clients a doublé le dimanche 15 septembre avec 2100 clients dont 1000 l’après-midi.

L’expérience d’Angers témoigne de notre difficulté à envisager le commerce de demain face aux demandes nouvelles des consommateurs. La généralisation de cette pratique à l’ensemble du territoire français pose la question du travail dominical mais aussi du recours à l’automatisation. Ces deux problématiques trouvent leur source dans la spécificité du droit du travail français. L’assouplissement de celui-ci ne pourrait-il pas permettre de prendre en compte les besoins spécifiques de chacun dans leur diversité ?

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