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Société

Bibliothèques : où en est-on avec l’ouverture le dimanche ?

Bibliothèques : où en est-on avec l’ouverture le dimanche ?

Les bibliothécaires parisiens et les organisations syndicales représentatives viennent d’écrire à Carine Rolland, adjointe à la culture de la mairie de Paris, afin de reprendre les négociations sur l’ouverture le dimanche. Une façon de relancer le débat alors que la tendance est à l’élargissement des horaires d’ouverture des bibliothèques.

La branche Culture du syndicat CGT, alliée à d’autres syndicats (FO, SUPAP-FSU, UCP), vient d’interpeller la mairie de Paris au sujet des contreparties financières relatives à l’ouverture dominicale des bibliothèques ou médiathèques. L’organisation syndicale souhaite reprendre le dialogue, enclenché en amont de la crise sanitaire, et faire valoir ses propositions dont la “revalorisation substantielle de la prime du dimanche”. Un enjeu de taille alors que les précédentes négociations n’ont pas abouti et qu’elles ont conduit à un mouvement de grève dans certains établissements parisiens.

L’ouverture des bibliothèques le dimanche, un droit culturel

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, qui en a fait une promesse de campagne, l’ouverture dominicale des bibliothèques a fait l’objet d’une campagne de promotion de la part des pouvoirs publics, avec comme figure de proue l’académicien Erik Orsenna, nommé “ambassadeur de la lecture”.

Dès 2018, l’écrivain Erik Orsenna, alors en charge d’un rapport intitulé “Voyage au pays des bibliothèques”, insistait sur l’existence d’une fracture territoriale au sujet de l’accès à la culture. S’il s’est fait le défenseur de l’ouverture des bibliothèques 7j/7, il préconisait de s’atteler à la “diagonale du vide” qui s’étend des Ardennes aux Pays Basque, et qui compte une faible proportion d’établissements ouverts le dimanche. Pour lui, l’enjeu est alors d’élargir la fréquentation des 16 500 points d’accès au livre et à la culture.

Un point de vue partagé par l’ancienne ministre de la Culture, Françoise Nyssen, qui soulignait lors de la remise de ce rapport, le retard de la France en matière d’ouverture le dimanche des bibliothèques avec seulement “40 heures d’ouvertures” dans les grandes villes contre “plus de 80 heures” dans certaines villes européennes.

Autant de positions qui faisaient écho, et qui le font toujours, à la demande du terrain. En 2018, la directrice de la médiathèque de Mureau, dans la région parisienne, insistait, à l’occasion d’une visite du chef de l’État, sur la “diversité” du public présent le dimanche. Tout en précisant que “le dimanche, on a environ 15% de notre fréquentation”.

Le nombre de bibliothèques ouvertes le dimanche a t-il augmenté ?

Depuis le rapport Orsenna, l’ouverture dominicale s’est étendue à plusieurs établissements, pas seulement à Paris mais aussi sur l’ensemble du territoire français.

À Paris, huit bibliothèques sont ouvertes le dimanche, le plus souvent de 13 heures à 18 heures. Toutefois, le chiffre n’atteint pas encore l’objectif que s’est fixé la ville de Paris pour l’année 2020. À savoir, dix bibliothèques ouvertes le dimanche. Un nombre qui pourrait évoluer au fur et à mesure de l’avancée des négociations entre les syndicats et la municipalité.

Sur le reste du territoire, depuis le rapport d’Erik Orsenna, le nombre de bibliothèques ouvertes le dimanche est en augmentation. En 2018, 171 nouveaux projets d’extension des horaires d’ouverture de bibliothèques municipales ont vu le jour. Surtout, 60% de ces projets concernent des communes de moins de 10 000 habitants. Pour l’année 2019, le ministère de la Culture a recensé pas moins de 116 projets. “En moyenne, l’augmentation de l’amplitude horaire est de 8 heures et nous visons 400 projets au total d’ici à 2020” insistait Matthias Grolier, conseiller chargé du livre et de la lecture au cabinet de l’ancien ministre Franck Riester.

Quelles perspectives pour l’ouverture le dimanche des bibliothèques ?

Alors que certains établissements peuvent se montrer frileux à l’idée d’ouvrir le dimanche en raison du possible coût financier que cela représente, la crise du coronavirus pourrait rebattre les cartes.

En effet, dans certains cas et devant l’impératif de préserver la distanciation sociale tout en maintenant l’ouverture des lieux de vie, plusieurs bibliothèques pourraient avoir recours à l’ouverture le dimanche. Pour d’autres, et alors qu’une grande majorité de Français ont déserté les lieux culturels, l’ouverture dominicale peut apparaître comme un moyen de relancer la fréquentation. Exit les découvertes culturelles dans son salon, l’enjeu est d’inciter les Français à sortir et à venir de nouveau dans ces lieux de cohésion sociale.

Si des subventions peuvent être accordées par l’État, plusieurs solutions existent afin d’ouvrir le dimanche. D’une part, l’emploi étudiant peut être une solution pour venir en appui au personnel permanent. D’autre part, l’aménagement des plannings, la rotation du personnel, ainsi que la modification des horaires d’ouverture au profit du dimanche peuvent être à envisager. Bien entendu, une politique de majoration salariale avantageuse le dimanche peut encourager les employés à travailler ce jour.

De plus en plus de bibliothèques françaises ouvrent désormais leurs portes le dimanche. Fruit de l’incitation des pouvoirs publics mais aussi d’une demande des Français. Reste à savoir, si l’ouverture dominicale suffira à ramener ces derniers vers des lieux culturels qu’ils ont eu tendance à éviter depuis le déconfinement.

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